Boris Vian, éternellement actuel (1920-1959) - Médiathèque départementale du Nord

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Boris Vian voit le jour le 10 mars 1920 à Ville d’Avray dans les Hauts-de-Seine.
Écrivain, trompettiste, chroniqueur de jazz, traducteur, parolier et chanteur, il meurt à 39 ans d’une maladie de cœur, en juin 1959.

Son œuvre véritable est longtemps restée incomprise, assombrie par le succès de son pseudonyme Vernon Sullivan, l’auteur entre autres du sulfureux J’irai cracher sur vos tombes.

« C’est drôle, quand j’écris des blagues, ça a l’air sincère, et quand j’écris pour de vrai, on croit que je blague… » s’amusait-il !

Pourtant, celui qui n’a pas réussi à incarner de son vivant le grand romancier qu’il était, continue de prendre sa revanche. Ses qualités d’écrivain sont de plus en plus plébiscitées par des générations de lecteurs et ses œuvres ont été régulièrement rééditées, d’abord chez Jean-Jacques Pauvert, en Livre de Poche puis chez Christian Bourgois, grâce au travail assidu de Noël Arnaud, son meilleur biographe.

Un auteur engagé et décalé

Sensible, Boris Vian était un auteur engagé comme en témoignent nombre de ses œuvres et de ses chansons. Bien qu’il ne se considérait pas à proprement parler comme un compositeur, il écrit, confortablement installé sur son canapé, aussi bien des chansons d’amour, poétiques, farfelues et décalées (notamment avec Henri Salvador qui, lui, écrit parfois des musiques) que des textes subversifs.

« Il est évident que le poète écrit sous le coup de l’inspiration mais il y a des gens à qui les coups ne font rien » Boris Vian

Son répertoire riche de plus de cinq cents chansons seront chantées par de nombreux interprètes (Philippe Clay, Les Frères Jacques, Juliette Gréco, Mouloudji, Catherine Sauvage, Serge Reggiani, Jacques Higelin…) et, bien sûr, l’exceptionnelle Magali Noël dont le swing et le punch ravirent le public et, aussi, par Boris Vian lui-même, en 1954, aux Trois Baudets, célèbre cabaret parisien de Jacques Canetti, situé au pied de la Butte Montmartre.

Jacques Canetti parle des débuts catastrophiques de Boris Vian, chansonnier :

« Joueur de trompinette » : c’est ainsi que Boris Vian aimait aussi se présenter. Très tôt, il découvre en effet le jazz et jouera notamment au sein de l’orchestre de Claude Abadie dans les clubs et les caves enfumés de Saint-Germain-des-Prés comme Le Club Saint-Germain ou Le Tabou, sous le regard de « Jean-Sol Partre », Simone de Beauvoir et de Juliette Gréco.

Boris Vian vouait une passion sans limite au jazz qu’il défendit ardemment. Il a d’ailleurs collaboré à divers magazines dont le célèbre Jazz Hot et sera même conseiller, puis directeur artistique pendant neuf ans chez Philips et Barclay.

Un temps d’avance

Boris Vian « était convaincu qu’il y avait place en lui pour plusieurs vies, à condition qu’elles avancent vite ».

Si son œuvre perdure et traverse les années, ce n’est pas uniquement parce qu’elle reste toujours inscrite au programme des classes de français mais parce que l’écrivain interpelle la part de l’adolescence à laquelle nous avons renoncé, mais qui demeure toujours en nous. Dans L’Écume des jours ou L’Arrache-cœur, par exemple, il convoque le droit à la fantaisie, à l’invention burlesque et aux jeux de langage ; son style puissant et original déconcerte autant qu’il séduit des générations de lecteurs.

Sa lisibilité demeure… car son langage continue de rencontrer un écho. Son style réussit à se fondre dans la société actuelle où argot et vocables de la rue sont toujours appréciés. À l’école de la littérature buissonnière et, bien au-delà du romantisme que sous-tendent ses œuvres, subsistent les néologismes, le gag, les trouvailles et les jeux verbaux qui le rendent plus intemporel que jamais.
Boris Vian a marqué son époque et la postérité par son imaginaire fantaisiste et son génie iconoclaste.

À la fin de sa vie, Boris Vian rejoint le fameux Collège de Pataphysique, « société de recherches savantes et inutiles », où l’humour et l’absurdité font bon ménage, en compagnie de deux amis, Raymond Queneau et Jacques Prévert, dont il partage la terrasse de l’immeuble de la Cité Véron, à deux pas du Moulin Rouge.
Ce mouvement préfigurera l’OULIPO.

Boris Vian meurt le 23 juin 1959, suite à un malaise cardiaque, lors de la projection de J’irai cracher sur vos tombes.


À l’occasion du 60e anniversaire de sa mort, nous vous invitons à redécouvrir Boris Vian, par le biais de deux nouveaux spectacles remarqués en région : « K-Barré Vian » de Lulu Socrate et Jean Chronos et « On n’est pas là pour se faire engueuler » d'Antonin Dancel et Emmanuel Legeay.

Une petite bibliographie « vianesque », disponible à la médiathèque, complète l'article.

Catherine KAROLEWICZ et François-Xavier FARINE, MdN

 

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