Florentine Rey et Nathalie Yot chez « Marguerite Yourcenar » - Médiathèque départementale du Nord

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Florentine Rey et Nathalie Yot sont actuellement en résidence d’écriture à la Villa départementale Marguerite-Yourcenar. Écrivaines de tempérament, elles ont toutes deux des parcours atypiques et des écritures qui ne laissent pas indifférents.
Sorti en 2018, le premier roman de Nathalie Yot, Le Nord du monde, publié aux éditions La Contre allée, est une sorte de road-trip énergique, poétique, sensuel et troublant, où l’héroïne, en perdition, fuit vers le Nord.
Le dernier recueil de poésie de Florentine Rey, Le bûcher sera doux, édité aux éditions La Rumeur libre en 2019, est, lui, plein de fantaisie et de peps. Il figurait parmi les finalistes du Prix CoPo 2020.
Une rencontre avec ces deux écrivaines chaleureuses et féministes s’imposait.

F-X Farine : Bonjour à toutes les deux, je suis ravi d’être avec vous, cet après-midi, pour un tchat à propos de votre résidence d’auteures à la Villa départementale Marguerite-Yourcenar, située au Mont-Noir, dans les Flandres, près de Bailleul, à environ 40 kilomètres de Lille.

Alors, dites-moi, comment se déroule votre résidence au quotidien ? Comment s’organisent vos journées depuis, maintenant, à peu près deux semaines ? Et combien de temps dure cette résidence ?

Florentine Rey : On est arrivées à la Villa le mardi 2 juin donc cela fait 10 jours.

Natyot : La résidence d’un auteur dure un mois. Certains auteurs peuvent rester deux mois mais c’est de plus en plus rare, selon ce que nous a dit la Directrice Marianne Petit... Parce qu’elle veut en faire profiter un maximum d’auteurs. Nous sommes donc là toutes les deux pour un mois. C’est une résidence très confort puisque nous avons une cuisinière… et, sinon, on travaille quand même un peu toute la journée (rires). On se lève très tôt.

Florentine Rey : On a le même rythme. Cela crée d’emblée une complicité.

Natyot : On démarre tôt. Florentine à 6 heures et moi à 7. D’abord, petit déj’. Pour Florentine : yoga et pour moi : course ou balade dans ce parc magnifique. Après, on se met au travail jusque midi, treize heures. Ensuite, on mange ensemble, puis on se remet au travail tout l’après-midi et en fin de journée : détente. On prend l’air ou sport à nouveau avec un petit apéro avant de dîner, pas pour Florentine, mais pour moi oui… Il y a aussi, avec nous, une troisième auteure de BD en résidence qui s’appelle Anne Simon. Le soir, chacune vaque à ses occupations : travail, lectures, etc. Il n’a pas encore fait très beau depuis notre arrivée pour que nous puissions profiter de la terrasse splendide qui donne sur le parc mais, le soir, on est quand même assez crevées vu qu’on se lève tôt et qu’on travaille toute la journée.

Cela représente à peu près 6 à 7 heures d’écriture par jour, non, pour toutes les deux ?

Florentine : Non, pour moi non… Comme j’écris de la poésie, j’ai besoin de m’imprégner de ce qui m’entoure. Donc, je passe beaucoup deFlorence Rey temps à me mettre à disposition de ce qui va s’écrire, à ouvrir les écoutilles, tous les sens pour essayer de capter quelque chose autour de moi, ou à l’intérieur de moi, et qui peut résonner avec un inconscient collectif. Après, je pose un premier jet sur le papier, que je vais ensuite reprendre à l’ordinateur avec un travail de réécriture conséquent…

Avant d’aborder plus spécifiquement vos projets littéraires, je voulais savoir si vous vous connaissiez déjà avant cette résidence ?

Natyot : Oui, on s’était un petit peu croisées sur des festivals de poésie. Notamment au Festival « Voix Vives » de Sète. Où l’on s’était également vues en lectures. On n’était pas copines, ici on le devient. Vivre avec quelqu’un pendant un mois, sous le même toit, rapproche.

Florentine : On a aussi le même éditeur ! : Yves Artufel des éditions Gros Textes. C’est aussi grâce à lui que l’on connaît l’œuvre l’une de l’autre.

Natyot : Et on l’aime beaucoup !

C’est un des éditeurs qui, dans le Sud, soutient à la fois les poètes débutants et les poètes confirmés. Il a d’ailleurs mis  le « pied à l’étrier » à pas mal d’auteurs, surtout à de jeunes poètes...

Florentine : Oui, c’est un découvreur et un défricheur aussi.

Natyot : Yves Artufel permet à beaucoup de poètes d’avoir leur premier livre, de se faire connaître et puis d’évoluer dans ce milieu-là assez rapidement… il faut dire que c’est difficile de trouver un éditeur en poésie. De plus, il est souvent présent sur les salons (sauf sur celui du « Marché de la Poésie » de Paris où il trouve le prix des stands beaucoup trop cher), c'est un homme authentique.

Comment aviez-vous entendu parler de la Villa Marguerite-Yourcenar ?

Florentine : Par la Maison des écrivains dont je surveille régulièrement les appels à résidence.

Natyot : Moi, c’est par le biais de l’un de mes éditeurs : Benoît Verhille des éditions La Contre allée, installées à Lille. Il m’a conseillé de tenter ma chance et de candidater pour une éventuelle résidence. Donc c’est par le biais du Nord quand même, encore une fois. Et il ne me viendrait jamais à l’idée de postuler dans ma région. J’avoue que l’idée d’être loin de chez moi (Montpellier) et d’être coupée de mon propre monde : amis, famille, etc. pour mener à bien mon nouveau projet d’écriture me plaît assez…

Alors, justement, peut-on connaître la nature de vos projets littéraires respectifs lors de cette résidence ?

Nathalie YotNatyot : Moi, j’ai postulé pour l’écriture de mon deuxième roman et je travaille dessus actuellement. Avec le confinement, je l’avais tout de même bien avancé… mais j’ai tout repris. Parce qu’il y a un personnage qui n’a pas sa voix. Du coup, je suis en train de réécrire tous les passages le concernant, et même l’ensemble du texte : ce qui me rend folle !

Quel est le sujet du livre ?

Natyot : En fait, je m’aperçois que je tisse des liens entre tout ce que je fais. L’an dernier, j’ai aussi fait du théâtre, écrit pendant un an une pièce qui s’appelle Bonjour ! qui regroupe des témoignages de femmes de ménage et dont un des personnages se retrouve dans mon roman. Tout ça pour dire que les personnages que je construis sont en rapport avec ce que je vis aussi… Sinon j’ai un autre projet de livre qui va sortir à la Boucherie littéraire et qui s’appelle ILS. C’est un ensemble de textes sur ce que nous faisons ensemble, une série de textes sur des situations : repas de famille, randonnées, vies au bureau, etc. sans jugement, avec des descriptions minimalistes, de tout ce que nous vivons en commun… Le roman va aussi aborder la thématique du « vivre ensemble » avec un trio de personnages où des rapports de hiérarchie, d’autorité et de manipulation vont opérer. Je parle de l'individu dans le groupe par le biais d'une musicienne qui intègre un orchestre. Mais, bien évidemment, il faudra lire le roman pour en savoir plus…

Il me semble que ce qui t’intéresse, c’est avant tout le travail de la langue, non ? À l’instar d’un auteur comme Guy Goffette qui, en écrivant des romans, conserve encore son souffle poétique…

Natyot : Oui, mon style, je crois, tend vers la poésie puisque j'en publie depuis plus de dix ans. En fait, je construis très vite une histoire car les histoires m'intéressent peu. Mais une fois que celle-ci est en place, mon histoire à moi se construit avant tout dans la langue. Ne serait-ce que par une réflexion qui, soudain, peut faire boule de neige et transformer l’histoire, par exemple... ou par la personnalité d’un de mes personnages… Avec ce nouveau roman, j’ai eu un moment l’impression d’entrer dans l’expérience d’un autre langage. Mais, au final, je peaufine ma langue. Bien sûr, je ne m’interdis rien. Peut-être que demain je changerai de forme. Mais, pour l’instant, mes sujets sont assez récurrents. À chaque fois, c’est très organique. Ça parle de l’état sauvage. Ça défie encore la morale, les tabous, etc. Donc je vais continuer dans ce langage-là, avec les thèmes qui me sont propres, et on verra par la suite…

Et toi, Florentine, quel était ton projet en venant ici ?

Florentine : J’avais un projet sur le grand âge en poésie que j’avais commencé il y a deux ans, à l’Abbaye de Boscodon dans les Hautes-Alpes - lorsque j’étais en résidence là-bas - et je comptais le poursuivre et le terminer lors de ma résidence chez Yourcenar. Mais, en fait, j’ai terminé ce projet-là durant le confinement. Il sortira d’ailleurs en juillet prochain chez Gros Textes sous le titre Vivante. Donc, une fois arrivée à la Villa Yourcenar, je me suis dit que j’allais m’imprégner des lieux et, de toute façon, c’est ce que je préfère. Donc je suis en train de travailler sur l’écologie et la nature, de m’intéresser précisément au point de vue de Marguerite Yourcenar sur la question et de marier ça à une façon d’écrire que j’ai initiée, au mois de janvier, sous forme de courts fragments qui bouleversent la syntaxe. Pour cela, je pose d’abord sur le papier quelque chose de l’ordre du ressenti pour faire dire ensuite à la langue et à la syntaxe quelque chose qui est hors de moi, de manière à me laisser traverser ensuite par autre chose, de plus large peut-être… et ainsi aller vers l’autre.

Est-ce que cela veut dire que, cette fois, dans ton travail d’écriture, tu as envie de rejoindre quelque chose de primitif, de sauvage et de plus intuitif aussi autour de la nature ?

Florentine : Oui. On peut dire ça. Et, comme d’habitude, j’ai surtout envie de traquer la surprise, de créer des images neuves, de faire se rencontrer des choses qui n’étaient peut-être pas censées se rencontrer au départ… à partir de choses très communes : le ciel gris-bleu, les grands arbres du parc, essayer de voir les choses autrement, différemment. Toujours avec le filtre de la fantaisie. Et de l’humour aussi.

Avec la singularité qui caractérise déjà tes premiers recueils comme Je danse encore après minuit ou Dé-camper ?

Florentine : Oui, dans le fond, mais dans la forme, je sens que je suis en train de prendre un tournant. J’ai commencé ce travail suite à une demande de la revue Bacchanales de la Maison de la Poésie Rhône-Alpes qui m’avait contactée pour son 63e numéro sur le thème de la nature. Et donc c’est ça qui, au départ, a initié ce nouveau projet autour de l’écologie et de la nature.

À ce propos, je trouve que ce serait intéressant que vous nous envoyiez, l’une et l’autre, indépendamment de cette interview, un court extrait de ce que vous écrivez en ce moment à la Villa…

Florentine : Ok, bien sûr, je t’enverrai quelques fragments.

Natyot : Et, moi, quelques extraits de mon roman en cours…

J’ai encore quelques questions plus courtes à vous poser mais qui me paraissent néanmoins intéressantes…

Qu’est-ce que vous aimez le plus ici dans cette résidence d’écriture ?

Florentine : La situation dans la nature justement. J’adore la vue. Le parc. Le fait d’être dans une maison d’écrivain aussi. En tous les cas, en contact avec une femme écrivain. C'est bien aussi d'être avec deux autres auteures. C'est stimulant ! Donc trois choses pour moi : la nature, le fait que ce soit chez Marguerite Yourcenar et la complicité avec les autres auteures.

Natyot : Ce que j’aime le plus ici, c’est l’absence d’horaires justement et le fait qu’on se sente à l’aise et que l’on peut se rendre disponible à son travail, à tout moment. Tout ce pour quoi je culpabilise quand je suis chez moi, quand je ne me rends pas disponible à l'écriture. Et de savoir qu’on a un mois essentiellement dédié à son travail, c'est top. C’est luxueux : c’est une belle demeure et il y a de belles balades, à portée de main, pour aller respirer dehors, sans le besoin de prendre sa voiture, donc c’est vrai, c’est un confort indéniable. (rires)…

C’est l’absence de carcan qui est plaisant ?

Natyot : Oui, c’est ça. Prendre du temps pour nous aussi… partager… ça c’est très agréable tout de même (…)

Même si ça fait cliché, c’est une sorte de « parenthèse enchantée » ou de hors temps…

Florentine : Oui, c’est ça.

Natyot : « Hors temps », oui. « Parenthèse enchantée », non, parce que je souffre quand même en écrivant ce roman (rires). Mais je sais que c’est aussi une bulle dédiée à mon écriture. Et d’être payée pour ça, c’est quand même valorisant !

Ce que j’ai entendu de la part d’autres écrivains, c’est que ce sont quand même des conditions idéales pour écrire : on est tranquilles, nourris, logés, « chouchoutés » en quelque sorte…

Florentine : Moi, tu vois, avec la vie de nomade que je mène, j’ai déjà beaucoup de liberté, et ce n’est pas tellement le « chouchoutage » qui me plaît car j’aime aussi me soucier de la vie matérielle (même si ici tout le monde est aux petits soins). Ce que je voulais dire, c’est que cette résidence, je ne la vis pas comme une parenthèse mais plutôt comme une continuité dans ma vie et dans mon travail.

Natyot : Oui, c’est vrai, c’est super, on ne va pas se plaindre non plus.

Florentine : On dispose aussi d’une bourse pour cette résidence et on n’est pas seule pour écrire, mais en compagnie d’autres auteurs... car l’écriture, c’est quand même aussi un exercice de haute solitude… Mais, dans cette solitude, on a aussi parfois besoin que le regard de l’autre t’éclaire. Ce regard extérieur sur le travail, et le fait de pouvoir échanger sur le travail en cours, je trouve ça riche justement ! D’autant plus qu’avec Nathalie, depuis la première semaine, on s’est lues et on comprend bien l’intention de l’autre… Maintenant, on bosse chacune de notre côté. On alterne. Une fois, Nathalie me lit son travail en cours ; la fois suivante, c’est moi. 

Donc, maintenant, la machine est lancée, vous sentez que vous êtes toutes les deux sur les bons rails ?

Natyot : Exactement.

Sinon, qu’est-ce qu’il vous manque le plus ici ?

Natyot : Moi, mes copains. Tu vois, on sort quand même de deux mois de confinement et j’avais envie de les voir. Donc l’amitié, de manière générale. Même si c’est le top ici et que je ne suis pas seule non plus heureusement avec de nouvelles copines, avec lesquelles j’ai un rapport excellent. Donc, rien ne manque en fait.

Florentine : Moi non plus, je pourrais te dire mon compagnon mais il me rejoint ce week-end. Donc je ne manque de rien. Et c’est très bien comme ça (rires).

Allez-vous tout de même participer à des temps forts ou à des animations lors de votre résidence ?

Natyot : Tout a hélas été annulé à la Villa : lectures et rencontres, notamment avec les scolaires, mais nous participons quand même à un atelier d’écriture de 15 à 18 heures suivi d’une lecture-rencontre « hors les murs » au café-librairie Le Calibou & Co, mercredi 24 juin, à Godewaersvelde.

Comment vit-on quand on est poète aujourd’hui ? Quelles sont vos principales activités pour « faire bouillir la marmite » comme on dit ?

Florentine : Pour moi, ce sont les ateliers d’écriture et, de plus en plus, les lectures et performances. Lors des ateliers, ça me plaît de transmettre aux autres mon savoir-faire et j’aime surtout faire des retours sur les textes, je me sens utile, j’ai l’impression d’aider les gens à accoucher de leur propre voix. Je trouve ça important de me mettre au service de l’écriture des autres, d’aider les gens à dire qui ils sont au plus juste d’eux-mêmes, et les femmes notamment. Donc j’alterne des temps de haute solitude où j’ai besoin de creuser en moi pour trouver de nouvelles choses et des temps où je suis complètement tournée vers les autres avec ces ateliers d’écriture. C’est ça qui me donne mon équilibre en quelque sorte.

Natyot : Je rejoins aussi ce que dit Florentine. Je ne sais pas, moi, si j’avais un mari très riche ou un héritage, cela aurait peut-être été différent… mais je suis dans le même état d’esprit qu’elle. Je suis intermittente du spectacle parce qu’avant j’ai été musicienne et, en écrivant, j’ai pu récupérer ce statut que j’avais perdu, en ayant notamment un duo électro-pop poésie, natyotcassan, avec un musicien, en montant mes textes pour des représentations de théâtre ainsi que des spectacles divers autour de mon écriture. Enfin, j’anime aussi, comme Florentine, même si c’est plus irrégulier, des ateliers d’écriture, mais davantage dans les collèges et les lycées.

Vous êtes toutes deux des « poètes performeuses » et vous aimez la scène…

Est-ce que votre expérience scénique a modifié votre écriture, votre manière d’écrire ?

Florentine : J’ai mis en place les performances à un moment où j’étais un peu dans le désert, seule à écrire de la poésie, parce que j’ai commencé par le roman, puis après j’ai fait un roman graphique puis, quand je suis passée à la poésie, j’étais vraiment dans une grande solitude, et j’avais quand même besoin d’aller vers les autres. Ces performances, au départ, se sont bâties à travers un geste ou la manipulation d’un accessoire. Donc c’est vraiment le corps qui donne la cadence et le texte est bâti sur un mouvement du corps. De plus, les performances sont les endroits où je milite. C’est-à-dire que je suis féministe, que j’ai des valeurs, on en parlait, du côté de l’écologie et je n’ai pas envie de militer dans des endroits conventionnels parce que je ne m’y sens pas à l’aise. Par exemple pour les femmes, je préfère mettre en avant le potentiel créatif des femmes dans une démarche positive plutôt que de dénoncer tout ce qui ne va pas. Parce que tout ce qui ne va pas, d’autres que moi le dénoncent déjà très bien. Alors oui, j’ai une écriture particulière pour la scène, pour les performances. Mais, en ce moment, j’avoue que c’est l’écriture pour les livres qui m’intéresse le plus. C’est là où je vais chercher en profondeur.

Natyot : Pour moi, ça va être très court. Comme je le disais tout à l’heure, je viens de la musique donc c’est ce qui fait que mon écriture est très musicale, très rythmée, très sonore… Personnellement, je n’écris pas pour la scène mais je sais quand le texte va pouvoir être lu. Disons que je ne lis pas tous mes textes sur scène…. En revanche, je sais quand un texte peut fonctionner : quand il est rythmique, quand il a de l’humour ou un côté ludique, qu’il peut plaire… quand les gens ont envie d’écouter de la poésie plus légère… Parce que, dans la poésie, il y a quand même des choses plombantes… Alors, quand une nana comme moi débarque sur scène avec le sourire en coin et des textes assez personnels, ça fonctionne plutôt bien. Donc, encore une fois, je n’écris pas pour la scène mais je sais quand un texte fonctionne à l’oral.

Pour vous deux, il y a quand même, en poésie, des textes qui sont faits pour être lus sur scène un peu comme dans le slam et d’autres qui sont faits pour être lus plutôt en recueil au cœur d’un ensemble de textes ?

Natyot : Oui, pour certains textes, la lecture silencieuse a beaucoup plus d’intérêts.

Florentine : En ce moment, avec le nouveau chantier, je préfère que les lecteurs lisent ce que j'écris dans leurs têtes, fassent des correspondances, tissent des liens, plutôt que je le lise à voix haute sur scène.

le nord du mondeNatyot : Mon premier roman, je l’ai beaucoup lu sur scène. Auparavant, j’avais donc beaucoup travaillé en vue de ces lectures pour redécouper le roman, sélectionner les passages les plus sonores, les plus intéressants, les plus significatifs, les plus faciles à lire aussi…

Le poète Jean Marc Flahaut me disait que, sur scène, on pouvait faire d’un livre quelque chose de complètement différent…

Natyot : Pour ma part, en lecture, j’ai quand même besoin de coller à la réalité de ce que j’ai écrit… de retrouver la spontanéité du moment de l'écriture du texte.

Avant et pendant le confinement, vous avez sans doute beaucoup lu. Quelles sont vos dernières découvertes (roman, poésie, essai) ? Les livres qui vous ont marquées ?

Natyot : Moi, c’est un livre à cinq voix de Violaine Bérot, que l’on a m’a conseillé notamment pour l’écriture de mon roman, qui s’appelle Tombée des nues. Sinon je lis Un roi sans divertissement de Jean Giono qui a aussi une langue particulière, où je pioche des passages, de temps en temps, pour en quelque sorte m’abreuver de la langue. Mais, la première semaine, ici, on a tellement écrit, appris à se connaître, fait du sport, visiter le parc, etc. que j’ai assez peu lu finalement, bien que j’ai pris des tas de livres, et même dans la bibliothèque de la Villa qui se trouve juste derrière nous.

En vous écoutant, on vous sent bien immergées et submergées dans les livres que vous êtes en train d’écrire…

Florentine : Au début du confinement, j’ai beaucoup écrit puis, ensuite, j’ai animé beaucoup d’ateliers d’écriture par mails où je lisais les textes des autres mais là, sur le moment, je ne sais pas trop quoi te répondre, j'oublie les titres des livres que je lis... Mais je t'enverrai quelques titres.

Natyot : Si, quand même, on a découvert toutes les deux un livre de la poétesse Danielle Collobert, plus exactement, une anthologie : Œuvre 1 parue chez P.O.L. C’est une écriture assez complexe, ardue. Dans laquelle il faut beaucoup piocher. Je l’ai passée à Florentine parce qu’il y avait justement des fragments dedans. Et on a beaucoup aimé.

Florentine : Ça y est, j’ai retrouvé ! J’ai beaucoup aimé un roman qui s’appelle : Croire aux fauves de Nastassja Martin paru chez Gallimard dans la collection « Verticales ».

Quel poème ou texte de vous, préférez-vous ?

Natyot : Ce sont souvent les derniers. Car je suis plutôt lassée des anciens textes que j’ai écrits. Peut-être, parce que j’ai l’impression depuis de m’être renouvelée…

rey bucher douxFlorentine : Dans Le bûcher sera doux, ce sont toujours les poèmes les plus courts. Ça peut même être un vers, une phrase dans laquelle j’ai l’impression d’avoir saisi l’éclat du surgissement. C’est ça qui m’intéresse dans l’écriture : savoir garder, dans le poème, la spontanéité et la liberté du moment où cela a surgi.

Quel écrivain ou écrivaine, préférez-vous ?

Florentine : Je citerais en premier une poétesse argentine : Alejandra Pizarnik. Et Henri Michaux aussi.

Natyot : Marguerite Duras à la vie, à la mort. Hélène Bessette aussi.

Toute dernière question : avez-vous une actualité littéraire à venir ?

Natyot : En octobre, je sors une biographie sur Janis Joplin chez Hoëbeke, une maison d’édition qui vient d’être rachetée par Gallimard et qui fait surtout de Beaux-Livres. Ils viennent de créer une nouvelle collection Musique intitulée « Les Indociles », où sont déjà parus deux titres sur Jacques Higelin et Catherine Ringer. Pour cette collection, ils ont demandé à des poètes, des musiciens ou à des amis de la personne, plutôt qu’à des journalistes ou des spécialistes, d'écrire des biographies avec leur propre ressenti. Les deux suivants sont sur Jim Morrison et Janis Joplin, donc.
Ensuite, va sortir aux éditions de la Boucherie littéraire ce livre de poésie qui s’appelle ILS, dont j’ai déjà parlé, sur ce que nous faisons ensemble. Et le roman en cours, évidemment, mais ça, je ne sais pas encore quand cela sortira.
Enfin, je vais normalement sortir aux éditions de La Contre allée une compilation de tous mes bouquins publiés, ici et là, chez de petits éditeurs (L’Harmattan, Gros Textes, MaelstrÖm, Le pédalo ivre, Plaine Page) parce que je me suis rendue compte que beaucoup de gens, qui avaient lu Le Nord du monde, ne connaissaient pas ma poésie parce qu'elle était jusqu'alors assez peu diffusée en librairie.

Florentine : Il y a le livre Désir d’écrire ? publié chez Fauves, qui vient juste de paraître le 3 juin. C’est un livre-outil avec 50 textes d’auteurs contemporains et contemporaines, français et internationaux, accompagnés de pistes pour stimuler l’écriture et la créativité. Cela fait 15 ans que j’anime des ateliers d’écriture et j’avais envie de partager mon expérience. C’est aussi un livre qui regroupe des textes de romanciers et poètes contemporains que j’aime beaucoup et que j’utilise beaucoup également lors de mes ateliers d’écriture.
Le petit récit poétique Vivante sortira, lui, au mois de juillet chez Gros Textes. Enfin, un autre livre paraîtra aux éditions La Rumeur libre dans la collection animée par le poète David Dumortier. Il est titré La cinquième saison.

Interview réalisée par François-Xavier Farine, vendredi 12 juin 2020.


Dernières publications des deux auteures :

 

Nathalie Yot alias Natyot :lamour
L’Amour : Bouquet final
(poésie), éd. La Boucherie littéraire, coll. Carné poétique, 2019 ; Le Nord du monde (roman), éd. La Contre allée, 2018 ; Je n’ai jamais été mais il est encore temps, Gros Textes, 2016.
Sa chaîne YouTube

pdfExtrait inédit du début du 2ème roman de Nathalie Yot en cours d’écriture
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Florentine Rey :Desir
Désir d'écrire ?, Fauves, 2020 ; Le bûcher sera doux (poésie), éd. La Rumeur libre, coll. la plupart du temps n°60, 2019 ; Dé-camper (poésie), Gros Textes, 2018 ; Je danse encore après minuit, Gros Textes, 2017.
Son site 

pdfExtraits inédits de Florentine Rey(58 Ko)

 

La plupart des ouvrages de Florentine Rey et Natyot sont disponibles au prêt à la Médiathèque départementale du Nord.