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Médiathèque départementale du Nord

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Le « Kid de Minneapolis », « le multi-instrumentiste de génie », le chanteur-dandy sexy et charismatique nous a quittés ce jeudi 21 avril 2016. Et c'est tellement surréel que je n'y crois toujours pas.

Je revois précisément le jour où j'ai entendu les deux premiers disques de Prince tourner en boucle sur la platine-disques de mon meilleur pote, au milieu des années 1980. Sur le premier, qui contient son premier tube I wanna be your lover, Prince, cheveux longs et noirs, apparaît torse nu comme un archange céleste et, au dos de la pochette, il chevauche un cheval blanc ailé.

C'est un disque langoureux, entre groove et disco. C'est en fait le second album de Prince. Le premier, For You, sorti en 1978, n'avait pas du tout marché. Un second titre, I feel for you, de ce disque au titre éponyme de Prince sera repris par la chanteuse soul américaine Chaka Khan et deviendra un tube de l'année 1984 en pleine période Break Dance.
Prince avait écrit, arrangé, produit, joué de tous les instruments sur cet album : batterie, basse, synthé, guitare, etc., en plus de sa voix haute perchée, sensuelle et tonique.
Prince était déjà un Sexy dancer charismatique - moins « performer » que Mickael Jackson - bien qu'il en fasse des tonnes à renfort de grands écarts, de tours sur lui-même et de moues suggestives. Mais on aimait aussi ces extravagances-là, on les lui pardonnait même car Prince était avant tout un virtuose de la musique, un guitariste et un chanteur hors pair.

Sur le second disque noir et blanc, Dirty Mind (1980), on voyait un Prince velu, vêtu d'un slip en cuir, provoquant et narcissique ; il y chante des histoires de sexe ultra salaces sur fond de funk comme Sister et When you were mine. Il ne jouait pas encore sur l'ambivalence ou sur le côté androgyne de son physique au sourire ravageur. L'album Controversy (1981) surfait sur la même veine, avec beaucoup plus de synthés saturés, en plus dansant que Dirty Mind. Les chansons parlent toujours de sexe débridé et abordent la masturbation, thème récurrent dans le répertoire de l'artiste, que l'on retrouvera dans plusieurs titres comme Jack U off, Darling Nikki ou Sexy mother fucker.

Prince (et son nouveau groupe scénique The Revolution) poursuit ensuite sa carrière, avec frénésie et régularité, avec un album moins connu peut-être du grand public, mais tout aussi bon : 1999 (1982) qui contient beaucoup plus de samples et de morceaux « electro-funk » comme 1999, Lady cab driver ou Little red Corvette qu'il sort en un maxi-45 tours détonnant de près de 9 minutes, arborant déjà des tenues « Purple » avant l'heure. D'après mes lointains souvenirs, Prince avait même sorti un maxi-45 tours du titre America qui était démesurément long. À l'époque, ce disque fut considéré comme une hérésie par le marché calibré du disque, sauf pour les fans, bien évidemment !

Purple Rain, c'est la révolution mauve

En 1984, Prince (and The Revolution) sort un disque-concept qui s'écoute d'une seule traite. Lorsque je découvris le LP parmi la flopée de disques de mon frangin, je tombais littéralement sous le charme de l'objet. Il était mauve et, en son milieu, égayé de fleurs alanguies. Purple Rain est une symphonie pop-rock romantique très réussie avec plusieurs grands hits dont : Let's go crazy et son solo de guitare Hendrixien, le planant et psychédélique When doves cry, et son slow hypnotique et langoureux Purple rain. C'est aussi la bande originale d'un film du même nom où Prince, chevalier des temps modernes, conduit une Honda violette customisée. L'album a été vendu à plus de 20 millions d'exemplaires dans le monde.
En 1985, Prince surprend son public en sortant un album singulier, un peu à contre-courant : Around the world in a day (1985) qui contient quelques perles pop comme Rasperry Beret et Pop Life et oscille entre comédie musicale et Beatlesmania ; ce dont témoigne d'ailleurs la pochette psychédélique, visuellement proche de celle de Yellow Submarine (1969) des Beatles, non ?

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L'album Parade (1986) assoit la popularité de Prince avec ses deux titres phares que sont Girls and Boys et Kiss. Les vidéoclips n'en finissent plus de passer en boucle sur MTV, dans le Top 50 et à la radio. Prince s'est féminisé et a adopté un look androgyne avec son déhanché en pantalon moulant et t-shirt qui dévoile son nombril velu, entre le chanteur de Boney M et un James Brown qui aurait rajeuni... Sur Parade se trouve également un bijou de slow bouleversant à la guitare sèche, cordes glissées : Sometimes it snows in april qu'on semblerait ENFIN découvrir aujourd'hui.

Prince était un mythe à lui tout seul, doublé d'un personnage fascinant

Avec le double album Sign O' the times (1987) sur son label Paisley Park, Prince franchit encore un pallier. C'est pour moi son apothéose discographique. Il y a de la sensualité, de la délicatesse, des chansons énergiques, saccadées (U got the Look, Sign O' the times) ou carrément soul comme Housequake où l'on retrouve le beat James Brownien ainsi que des chansons poétiques, narratives et plus confidentielles (The ballad of Dorothy Parker ou Starfish and coffee). Cet album de Prince semble beaucoup plus personnel, plus intime, et laisse apparaître la religiosité de Prince comme dans la chanson The Cross.

Fin des années 1980, il y avait même un double disque dont parlaient tous les fans de Prince comme un mystère et qui circulait alors sous le manteau. Le Black Album n'était jamais sorti en France, ni aux États-Unis. J'eus la chance à l'époque d'obtenir une copie pirate du Black Album par le truchement d'une relation qui était un fan absolu et inconditionnel de Prince dont il possédait tous les vinyles en maxis 45-tours : Nicolas Huguenin. Depuis une semaine, ce dernier doit certainement passer ses nuits blanches et « purple » à écumer toutes les chaînes du câble et à visionner tous les hommages et vidéoclips à la gloire de Prince !...

Après les albums Lovesexy (1988), Graffiti Bridge que l'on qualifia de Purple Rain 2 (1990) et Diamonds & Pearls (1991), j'avoue avoir peu à peu décroché car Prince me semblait se perdre dans des créations de groupes (The Time, The New Power Generation) et des albums en demi-teintes, avec des titres plutôt déstructurés mélangeant funk, rap et R'n'B, souvent saturés de saxo, d'électro-funk et d'improvisations jazzy et, du coup, j'ai perdu le fil de la carrière du Kid de Minneapolis. Puis, peu à peu, je me suis aussi désintéressé de la nébuleuse des belles artistes qui gravitaient autour de lui, et dont il avait souvent produit les disques.

Prince à Lille, le 17 juin 1990

J'ai eu la chance de voir Prince en concert en plein air, à la Foire commerciale de Lille, le 17 juin 1990. Il n'était pas, hélas, accompagné de ses jolies choristes métisses qu'il choisissait toujours avec soin, mais de ses gros musiciens black talentueux. Je me souviens d'une performance bluffante mais assez expéditive puisqu'elle ne dura qu'1 heure 30. Mais Prince avait ravi ses fans en interprétant néanmoins plusieurs titres au piano dont Question of U avant de se renverser lascivement sur son piano noir laqué, tout en continuant à jouer sa chanson en sens inverse du clavier. Comme point d'orgue, il avait saisi sa guitare en forme de luth et joué un solo dinguissime avant de terminer son tour de chant par Nothing compares to U, chanson qu'il avait écrite à l'époque pour Sinead O'Connor et qui avait connu un succès planétaire.

Quelques années plus tard, j'ai moins aimé sa crise mystique ou plutôt quand il joua à fond la carte du star system au détriment, peut-être, de son génie pur. Quand il clamait partout dans les médias et à la Terre entière : « Ne m'appelez plus Prince mais Love Symbol ! »

Cependant, je n'oublie pas que Prince Rogers Nelson, un petit gars de Minneapolis d'1 mètre 58, a révolutionné, avec ses bottes à talonnettes, sa guitare et son génie, toute mon adolescence.

Je demeure inconsolable de sa disparition, comme mon poteau Hervé, à qui je dédicace ces petits souvenirs. Ce n'est pas grave, on réécoutera tous ses disques en trombe, en repensant aux temps bénis que l'on a traversés à fond, avec tous nos albums de Prince en version originale comme la délicieuse bande-son de notre jeunesse éperdue.

François-Xavier FARINE, MdN, le jeudi 28 avril 2016

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